lundi 6 mai 2013

BARRADA



Barrada signifie : le travail en Dioulla.

Après près de quatre mois d’effectif dans mon village de Solenzo, j’ai accompli avec succès, cette semaine ma première formation sur la méthode F.A.R.N (foyer d’apprentissage et de réhabilitation nutritionnel) dont j’ai intégré au C.R.E.N (centre de récupération et d’enseignement nutritionnel) avec la collaboration de Jorie Larson . Cette peace corps volonteer travaille ici à Solenzo dans le domaine de la nutrition depuis bientôt 1 an. Les deux seules toubabous de la province des banwas donnent une formation ! La méthode F.A.R.N est « une méthode d’intervention nutritionnelle qui commence la réhabilitation des enfants mal nourris (6-36 mois) par leurs propres mères dans le foyer d’une mère voisine et volontaire en utilisant les produits locaux disponibles. ». En fait, c’est seulement une méthode différente d’enseignement pour les agents du C.R.E.N et normalement, elle est employée dans les communautés, sauf dans ce cas-ci. En règle générale, les agents donnent de l’enseignement petit à petit aux mères qui sont présentes avec leurs enfants mal nourris sévèrement, mais pas de façon formelle. Cette formation permet un meilleur suivi des connaissances nutritionnelles chez les mères empêchant ainsi les rechutes. 

Pour ce faire, une cuisine collective sera réalisée tous les lundis à chaque 2-3 semaines. On dit que les mères apprennent mieux en agissant et c’est véridique. Lundi passé, nous avons débuté la première séance sur la méthode F.A.R.N avec les mamans et leur bébé hospitalisé au C.R.E.N. Les mères sont très réceptives à l’enseignement donné par les agents de santé. Je voyais dans leurs yeux, un plaisir inédit à être assise là et partager leur connaissance sur la nutrition. Je sentais qu’elle appréciait cette proximité avec les agents de soins de santé. Ce qu’il faut savoir, c’est que contrairement au Québec ,une hiérarchie s’installe entre le personnel de soins de santé et les patients, ainsi que le personnel de soins de santé entre eux. Enfin ! Une méthode qui rapproche les deux mondes ? Quoi qu’il en soit, afin de confirmer la nécessité de la formation, un outil de connaissance nutritionnel a été élaboré et des questions leur seront désormais posées avant leur départ à la maison. Suite à cette formation, il est possible de dépister plus clairement les femmes qui n’ont pas compris certaines informations en matière de nutrition. Je me questionnais beaucoup sur la réussite et la participation de cette formation et de cette nouvelles approches au C.R.E.N. Heureuse de constater que la participation autant du côté des mères qui demeure au C.R.E.N, qu’aux agents de santé est présente, conviviale et à sa place.

Ensuite, j’ai appris une bien triste nouvelle, vous vous souvenez bien au mois de février lorsque j’ai posté une photo d’une femme au C.R.E.N et bien son petit bébé qu’elle portait au dos est décédé. Apprendre une triste nouvelle me secoue certes, mais remet en perspective ce que je viens vraiment faire dans le fin fond de l’Afrique. Si on s’engage c’est pour une raison, si on s’engage c’est parce que de telles situations ne devraient plus jamais arrivée. Je ne suis pas prête à dire qu’il y a une solution à ce problème et je suis même prête à dire qu’il faudra sans doute des années avant que de telles situations n’arrivent plus. L’accès au centre de santé, la disponibilité des alimentations, la pauvreté, l’inaccessibilité à l’éducation sont d’abord des éléments primordiaux avant de mettre « le plasteur sur le bobo ». Avant d’arrivée à un changement des comportements socioculturels, il faudra que tous ai accès à l’enseignement, aux soins… et il y a aussi l’argent, ha l’argent. On dit qu’il mène le monde, mais ici il permettrait à une société de s’instruire et d’avoir accès à ce qui est primordial à mon point de vue ; les soins de santé. Ce n’est pas un manque de volonté de leur part ou encore bien une façon de s’assoir sur leur laurier comme certain prétendre (malheureusement). C’est d’être née dans un pays qui n’a pas eu autant de chance que le n’autres ? Pourtant la chance… on tourne les dés et on gagne ou non. Est-ce une façon de dire que nous pouvons garder le jack pot et ne rien laisser à notre voisin le plus démuni ? Je vous fais réfléchir maintenant ?  Si certains osent, pensez-le contraire et bien il suffirait de les plonger dans un brin de cette vie des plus humainement élémentaire. La réalité est que quoi qu’il en soit en Afrique,il y a la faim et en Amérique, il y a l’obésité. Deux contrastes foudroyants avec lesquels, je dois travailler au quotidien comme infirmière. Comment sensibiliser l’un par rapport à l’autre …mon blog ?

C’est à ce moment même que je réalise l’importance et la cohérence d’un tel projet : P.A.S.M.E qui est enfin selon moi un projet qui déploie des efforts tangibles dans les provinces où les besoins sont réels. J’ose croire que la panoplie de formations, de matériels donnés et de partenaire d’un tel projet produise des résultats positifs. Revenons à nos moutons ; la réussite de ce projet se fait petit à petit, mais il est vrai que les enfants, femmes, hommes ne sont pas obligé de se rendre jusqu’au lycée pour comprendre un brin de sensibilisation sur les thèmes tels que l’allaitement, la nutrition, etc. Il ne faut donc pas la tête à Papineau pour comprendre tout cela. Alors me voilà, ici et maintenant à travailler avec les moyens du bord pour une amélioration et une compréhension commune de ces sujets dans les communautés par les animateurs qui transmettre ces messages tant important soit-il ! Ça commence comme cela et se poursuivra comme cela tant et aussi longtemps que les besoins y seront présents. L’idée aussi n’est pas de travailler avec eux pour eux, mais de travailler avec eux de concert avec eux.

Prochaine étape, formation des animateurs de REVS + sur les sujets traités lors des sorties de sensibilisation dans la province des Banwas !! On s'amuse, use, use !

vendredi 26 avril 2013

Être ou ne pas être.



-M’imprégné et faire partie intégrante des gens Burkinabés qui m’entoure dans mon village : être

-Regarder les majestueuses étoiles le soir en plein cœur de brousse : être 

-Passer à deux cheveux de faire un accident avec âne, porc où toute autre bête vivante dans les parages : ne pas être

-Le rapport au « temps » des Burkinabés  (Tu n’es jamais en retard nulle part. Si on dit 8h, il suffit de te présenter avant 10h !) : être

-La pluie et le vent : être 

-Une toubabou ( blanche) parmi les farafis ( noirs) : être

-Prendre un petit car durant 4 h. qui ressemble à un chiken bus pour se rendre en ville : ne pas être

-Ne pas avoir de fruits à Solenzo : ne pas être

-Partir en mobylette dans le  fin fond de la brousse : être

-Avoir le syndrome de l’estomac du voyageur : ne pas être

-S’asseoir, causé et boire le thé : être

-Avoir tous les privilèges possibles dans solenzo à cause que tu es une toubabou : être

-40 dégrée : ne pas être

-Apprendre et parler le Dioula (langue local) : être

-Travaillé en contexte africain : être

-Tomber malade en Afrique : ne pas être

-Face à face avec un scorpion : ne pas être

-Inchalla ( si dieux le veux) : être

-les cérémonies traditionnelles : être

-Gouter à de nouvelles noix, feuilles…en provenance de la brousse : être

- Un décès d’un enfant de moins de 5 ans : être, parce que je souhaite du plus profond de moi qu’un jour il n'y aura plus de décès et deviendra être.





mercredi 17 avril 2013

Mode d'emploi: comment survivre à la chaleur




Vivement la saison des pluies pour que cette chaleur insupportable ne cesse. On roule sur la droite, on roule sur la gauche, mais pas question de croiser les jambes ni de rester sur le dos,  sinon la sueur risque de traverser chaque pore de notre peau et, bientôt risquer d’avoir l’impression d’être au beau milieu d’un lac à même son lit. La chaleur vous dite ? Elle existe ça c’est vrai. Un 37 degré la nuit, ensuite un 42 degrés le jour t’empêche de respirer à souhait.

Le mois d’avril est le mois le plus chaud et maintenant, je comprends bien sa signification. En Dioulla, on appelle le mois d’avril Funtenibakalo ! Cela veut dire :funteni pour chaleur, ba pour beaucoup et kalo pour mois = beaucoup de chaleur dans ce mois !
Pas de courant la nuit, une température ressentit dans son moindre sens. Je peux maintenant comprendre pourquoi le travail est au ralenti et pourquoi c’est la pause de midi à 15h. C’est tout simplement impossible de travailler avec une chaleur de ce genre. Les gens dorment même au travail, et je les comprends ! Un peu plus et j’irai les rejoindre, une chance que je reste professionnelle !
Je succombe, je le vis et je sus !
Je me pose encore cette question : comment peut-on travailler dans un bureau sans ventilateur avec un 40 degrés ? 


Une chose certaine, je profite du mois d’avril pour aller dans un verger situé à 3 km de solenzo en brousse, afin de me rafraîchir un peu.  De temps en temps, le vent souffle et la fraicheur des manguiers nous caresse les narines. Au moins, une fois par semaine on embarque sur notre vélo et on roule jusqu’à ce verger durant notre longue pause du diner. Ensuite, nous retournons reposer (et en sueur) au travail.

La fin de semaine, il est possible de s’éloigner un peu plus de mon village en mobylette. Nous allons en brousse : la vraie. La fin de semaine passée, nous sommes allés à Batigna, s’asseoir sous un manguier pour causer, manger et boire en bonne compagnie. La fraicheur était au rendez-vous et la vie est belle… malgré cette chaleur.

À batigna: petit village en brousse.


 
Yoro Gwanni bee bii dè ! … Cela veut dire : Il fait très chaud aujourd’hui.  Voilà ma phrase la plus souvent formulé ces temps-ci !
Je vous avoue que j’envie la brise de la baie-des-chaleurs…Juste un peu, vraiment juste un peu !:)






dimanche 14 avril 2013

Les nomades non nomades.





De temps en temps, j’ai des surprises… bien concentré sur mon ordinateur, je me lève les yeux et un dromadaire apparait. Je sors dehors et crie à l’homme sur le dromadaire de venir me voir ! Na yan … Il arrive à pas de de dromadaire. Les salutations se font dans un respect inouï. Cet homme me dit qu’il arrive de goromgorm au nord du Burkina Faso. En fait, il est installé dans ce village, mais lorsque l’argent se fait rare, surtout en saison sèche, ils partent à dos de dromadaire faire un peu de « nomadisme », afin de trouver de l’argent.
Il fait asseoir le dromadaire et demande au dromadaire : E foli kè ! En fait, il veut que le dromadaire me salue. Le dromadaire se couche la tête au sol et reste dans cette position d’obéissance pendant quelques secondes. Cette majestueuse bête écoute presque plus qu’un chien et c’est assez impressionnant. 


Si ce n’est pas à Solenzo que j’en vois, c’est dans les villages des environs. La dernière fois, j'ai vu deux hommes avec leur dromadaire à kouka à 40km d’ici.Toujours impressionnant de s'imaginer le nombre de kilomètres qu'ils ont dû parcourir pour s

e rendre jusqu'ici.
En m’informant, on me dit que de plus en plus les gens ne sont plus nomades. Ils s’installent à un endroit et y demeurent. Cependant, quelques groupes peuls restent toujours nomades, mais se sédentarisent un peu… Par exemple, ils peuvent rester 9 mois à un endroit et ensuite bouger vers un autre endroit. L’idée est de suivre les saisons, les récoltes et les cours d’eau.
Pas besoin de se poser ces questions au Québec, tout nous vient directement sur la table ou à même le robinet. Est- ce qu’on est chanceux, chanceux ou non reconnaissant ?

samedi 6 avril 2013

Les accouchements de quoi? de brousse?



                                                                Le C.M.A de Solenzo

Laissez-moi vous brosser un portrait de mes deux derniers jours passés en maternité. Le médecin-chef de Solenzo, me réquisitionne pour venir les aider; au secours, les infirmiers (ères) sont en grève et l’absence du personnel est à l’apogée. Le personnel médical grève et se soutiennent, et oui, même en brousse. Les mesures pour revendiquer ce qu’ils veulent sont drastiques; personnel minimum, en fait, je devrais dire pas de personnel…En conséquence, le médecin-chef se retrouve avec la responsabilité du centre de soins de santé à lui seul. Bien évident que je ne peux pas les laissé tomber, je suis infirmière et peut donner un coup de main. Jeudi matin, je me présente à la maternité en sachant très bien qu’ils avaient besoin d’aide, en fait je devrais dire qu’elle avait besoin d’aide. La sage-femme qui est là depuis le matin, est seule (personnel minimum), normalement elles sont deux ou trois. Quatre femmes sont en travail, une arrive en ambulance pour anémie sur grossesse et à besoin de transfusion. Malheureusement, son groupe sanguin se fait rare 0 positif et aucun sang n’est disponible. Trois femmes accouchent durant la matinée. Vers 13h une nouvelle sage-femme qui pour la première fois met ses pieds dans le CMA (centre de soins de santé) doit rester seule. Souvenez-vous…personnel minimum ! Une chance que je sais moindrement comment la maternité roule sinon rien n’aurait pu fonctionner. La nouvelle n’a jamais fait d’accouchement depuis la sortie de l’école, même pas d’épisiotomie ou de suture. Deux femmes accouchent dans l’après-midi ou j’aurais dû dire, j’ai accouchée deux femmes dans l’après-midi. Et l’une des deux femmes à eu plus de complication, la tête du bébé ne passait pas, je vous laisse deviner la suite… !!
 À 17h30, la nouvelle me dit : « moi je pars, je suis supposée de partir à 17h » ! 
Je lui réponds : «  Quoi tu ne peux pas me laisser seule en maternité, je suis canadienne, étrangère, non burkinabé, non sage-femme et ne veut pas prendre la responsabilité de la maternité !!!
18h00 : Elle était déjà partie. L’homme qui accompagnait la femme qui fait une anémie sur grossesse vient de me dire qu’ils ont été faire une annonce à la radio, afin de trouver un donneur compatible. Fiou !
Vers 18h20, j’étais seule dans la salle d’accouchement avec une dame qui ne parle pas le français et le col est dilaté à 8… La dilatation est complète à 10 .  
18h30 : Dr, X , le médecin chef vient à ma rescousse. J’ai eu le temps d’enfilé un tablier, lunette, gants stérile et me voilà avec un autre bébé naissant dans les mains. Aleluia !
19h30 : Après tout cette aventure et cette bordélique journée. Je me retrouve à quatre pattes par terre en train de stérilisé du matérielle pour les prochaines accouchements avec le médecin chef. Qui aurait cru, un médecin chef en train de stériliser du matériel.  
Sept accouchements et je me disais qu’une chose : Merci dieu de m’avoir envoyé au Mali. J'ai pu apprendre lors des accouchements là-bas. Cet enseignement ne m’aura jamais été autant utile que ce jour-là.
19h45 : Un donneur qui a entendu l’annonce à la radio vient offrir son sang, pour la dame en question.
21h00 : une femme enceinte se présente au CMA. Un autre docteur arrive et je suis épuisée. Je quitte le CMA...enfin.

Brousse, brousse, brousse quand tu me tiens !

Il faut bien admettre que cette grève était assez intense. Elle est maintenant terminé et je peux vaquer à mes autres occupations de façon pénard. En temps normal. je ne suis pas là pour faire des accouchements, mais de voir les médecins se démener comme cela à cause d'une grève, je ne peux pas croiser les bras.